Retranscription des premières minutes :
- Le Grand Matin Sud Radio, 7h-9h, Jean-Jacques Bourdin.
- Notre invité, Ludovic Fria, qui est président de l'Union Syndicale des Magistrats.
- Bonjour et merci d'être avec nous ce matin.
- Bonjour, je vous remercie.
- Sur l'antenne de Sud Radio.
- Alors, précisons bien les choses.
- L'Union Syndicale des Magistrats est le premier syndicat de magistrats en France.
- Absolument. 63% aux dernières élections professionnelles.
- Voilà, 63% aux dernières élections professionnelles.
- Vous êtes un syndicat apolitique.
- Apolitique ou apartisan, et on y tient.
- C'est-à-dire qu'on ne considère pas les sujets que nous abordons sous un angle politique, mais sous un angle professionnel.
- Bien. Ludovic Fria, la magistrate bénédicte de Pertuis, qui a présidé les débats dans l'affaire de Marine Le Pen et de ce détournement de fonds publics, est menacée.
- Elle a été même menacée.
- Elle a été menacée physiquement.
- C'est bien cela, hein ? On est bien d'accord, c'est cela.
- C'est effectivement un dévoiement du débat public où on tend à transformer le juge en un ennemi politique.
- Ce n'est plus l'arbitre, l'arbitre démocratique qui devrait être, mais un ennemi politique, ce qui permet d'ailleurs, on va dire, de disqualifier sa décision par avance.
- N'est-ce pas une atteinte grave à notre démocratie et à l'état de droit ? Ces menaces, elle est obligée d'être, elle est protégée aujourd'hui.
- Vous la connaissez ? Je ne la connais pas personnellement, mais bien évidemment, j'ai une pensée pour elle, pour les collègues qui ont siégé avec elle, mais aussi pour les parquetiers.
- Rappelons-nous, lors des réquisitions, sur la toile, il y a eu des mots d'une violence inouïe qui ont été prononcés.
- On a parlé de balles dans la nuque, on a parlé de charrettes dans lesquelles il devait être mis.
- Enfin, je veux dire, on en est là, aujourd'hui, en France, du débat public.
- Du débat public.
- Et qui est responsable de cela ? La classe politique dans son ensemble ? Ludovic Fria ? Je pense que la classe politique a une certaine responsabilité, puisque depuis quelques années, il faut bien le reconnaître, la parole publique sur le judiciaire, c'est, on va dire, décomplexé.
- Alors, je ne dis pas que le politique, bien évidemment, appelle à s'en prendre physiquement au magistrat.
- Je dis qu'en décomplexant sa parole, il a autorisé certains qui n'attendaient que ça à avoir une parole beaucoup plus violente, beaucoup plus radicale.
- On en récolte aujourd'hui, malheureusement, les fruits.
- L'inégibilité, Eric Ciotti en a parlé hier, il demande à ce que l'exécution provisoire soit supprimée.
- Eric Ciotti qui, je le rappelle, fait l'objet d'une enquête pour détournement de fonds publics.
- François Bayrou dit, ah ben lui, qui, lui aussi, toujours poursuivi pour détournement de fonds publics, dit qu'il faut y réfléchir.
- Est-ce que vous pensez que les politiques, aujourd'hui, ont envie de devenir injusticiables ? Je vais jusqu'au bout de ma question.
- Je pense que vous mettez, M. Bourdin, le doigt sur une difficulté.
- Moi, je vois deux choses.
- Effectivement, si on lit le jugement qui a été rendu au début de semaine, et j'invite tout le monde à le lire, il est très intéressant, ce jugement, le premier axe de défense, des personnes qui étaient prévenues, c'était de dire, nous sommes injusticiables de cette justice.
- Nous, politiques, qui agissons dans un cadre politique, nous ne relevons pas de la justice et de la justice du quotidien, de la justice commune à l'ensemble de nos concitoyens.
- C'est quand même lourd de conséquences.
- C'est leur axe de défense, je n'ai pas le critiqué, mais le tribunal y a répondu.
- D'autre part, la difficulté de ce type de défense, c'est se dire, nous ne sommes pas tout à fait, comme tous nos concitoyens.
- C'est ça, finalement.
- Nous sommes élus, donc nous ne devons pas être jugés comme les autres.
- C'est ça, fondamentalement, c'est ça.
- Alors, après, moi, je suis juge, j'applique la loi.
- Le juge ne fait pas la loi, il faut le rappeler, j'applique la loi.
- Donc, si les politiques veulent changer la loi, pour avoir soit une procédure qui soit spécifique aux politiques, soit avoir un régime de fond, des peines, des jugements qui soient différents de nos concitoyens, de nos régimes particuliers, j'aurais tendance à dire, soyons joueurs, qu'ils le...
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