"Contre la répression, on monte le son !": environ 1.500 "teufeurs" ont défilé samedi au son de la musique techno à Montpellier, pour défendre leur "droit fondamental" à la fête après l'interdiction pour un an des rave-parties dans le département.
Partis en début d'après-midi de la promenade du Peyrou, au coeur de Montpellier, les manifestants ont dansé plusieurs heures durant derrière des façades d'enceintes embarquées sur six camions, dans une ambiance joyeuse et colorée. S
ur les pancartes: "Pas de prison pour ma passion", "moins de répression, plus de son", "free party is not a crime"..
Depuis janvier, les "free parties" -rave-parties non déclarées et gratuites- sont interdites dans l'Hérault, tout comme le transport de matériel sonore de type "sound system". Un arrêté pris pour un an par le préfet, qui veut mettre un terme à ces rassemblements souvent organisés en pleine nature et sans déclaration préalable.

Manifestation contre l'interdiction des rave parties à Montpellier, le 5 avril 2025 dans l'Hérault
GABRIEL BOUYS - AFP
Arrêtés d'interdiction, saisies de matériel, poursuites judiciaires : pour Marco, membre d'un collectif dans le Vaucluse, "on assiste à une criminalisation de la fête".
"L’Hérault est l’un des départements où il y avait le plus de free parties. C'est un département pauvre, il y a l’espace, on peut trouver des endroits isolés où on ne gêne personne", dit-il.
"Aujourd'hui, c'est de plus en plus difficile d'organiser quelque chose. On a vu des saisies de matériel sur des +free parties+ de moins de 500 personnes, ce qui est hors du cadre légal, mais les forces de l’ordre ne comptent pas les participants, c'est approximatif, forcément", dit-il
Pour Me Sophie Mazas, avocate qui a introduit en février un référé-liberté, sans succès, contre l'arrêté du préfet de l'Hérault, "on est dans une dérive grave": "La loi française est très claire: seuls les rassemblements de plus de 500 personnes sont soumis à déclaration", rappelle-t-elle.
"Là, on met en place une possibilité de contrôle des gens totalement disproportionnée. (...) Tout ça pour empêcher que les gamins puissent aller danser !", dénonce l'avocate, également membre de la Ligue des droits de l'Homme.
- Casque antibruit -
A 24 ans, Emilie a derrière elle huit ans de "free parties" et, assure-t-elle,"même si c'est autogéré, c'est de mieux en mieux organisé". Elle cite l'intervention d'associations de prévention des risques, le ramassage des déchets. "On veut qu'on ne puisse rien nous reprocher", dit-elle.

manifestation contre l'interdiction des rave parties à Montpellier, le 5 avril 2025 dans l'Hérault
GABRIEL BOUYS - AFP
Dans la foule de jeunes -1.200 selon la préfecture, 2.000 de sources syndicales-, Louis, 30 ans, semble un peu incongru derrière la poussette dans laquelle dort son fils de 9 mois, casque antibruit sur les oreilles.
Même s'il reconnaît fréquenter moins les parties, il est venu "en soutien" d'un mouvement "né il y a 35 ans sous (Margaret) Thatcher", rappelle-t-il. "C'était la révolte de la jeunesse. Ca fait peur à certains mais, à part les nuisances sonores, je ne pense pas que ça fasse du mal à grand monde".
"De la drogue, il y en a partout", estime pour sa part Laurie, en réponse à une critique récurrente. "Il y en a aussi dans les boîtes de nuit ! C'est un fait de société, pas quelque chose d'inventé par les teufeurs", dit-elle.
"Nous revendiquons notre droit fondamental à la fête libre. Nous demandons que la +free partie+ passe de la tutelle du ministère de l'Intérieur à celui de la Culture, la fin de la répression violente, de la saisie des matériels et de la criminalisation des organisteurs", déclare "Sen", au nom des collectifs "sound systems" présents, qui ont reçu le soutien de la LDH, la Fédération syndicale unitaire (FSU) et Solidaires.
Si la contestation a démarré samedi à Montpellier, elle doit s'étendre le 12 avril à la plupart des grandes villes de France, avec des "manifestives" annoncées à Paris, Marseille, Lyon, Nantes ou Toulouse.
Après l'Hérault, le préfet de la Haute-Marne a lui aussi interdit pour un an les "rassemblements festifs à caractère musical" non autorisés.
Dans le même temps, une quarantaine de députés de la majorité présidentielle ont déposé en mars une proposition de loi qui prévoit jusqu'à six mois d'emprisonnement pour toute personne "participant à l'organisation" d'une "rave-party illicite".
Par Anne LE COZ et Ysis PERCQ / Montpellier (AFP) / © 2025 AFP