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A Saint-Ouen, des parents votent sur le déménagement d'une école à cause du trafic de drogues

Les parents de l'école maternelle Emile Zola, située à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), votaient jeudi sur l'éventuel déménagement de quelques classes de l'établissement, situé en plein milieu d'un quartier miné par le trafic de stupéfiants.

Bertrand GUAY - AFP

Les parents de l'école maternelle Emile Zola, située à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), votaient jeudi sur l'éventuel déménagement de quelques classes de l'établissement, situé en plein milieu d'un quartier miné par le trafic de stupéfiants.

L'annexe de l'école maternelle, qui regroupe quatre classes et 60 élèves, est située dans le passage Elizabeth à Saint-Ouen, à 300 mètres du périphérique.

Des cris enjoués d'enfants s'échappent de la cour de récréation, invisible depuis le passage.

Le mur qui ceint l'école est surmonté de hauts grillages et recouverts de street art. Sont également écrits à la bombe de peinture "Arago" et "24/24" soit les horaires d'ouverture supposés du point de deal.

"Il y a un gros trafic de drogue, des fois c'est insupportable", témoigne sous couvert d'anonymat une habitante, en sortant de l'un des immeubles. Ils sont parfois "100 à 200 à faire la queue" pour acheter des stupéfiants en fin de journée, ajoute-t-elle en désignant un endroit qui jouxte l'école.

A la mi-journée jeudi, aucune transaction n'était visible sur le passage.

"Ca se dégrade de plus en plus" malgré la présence policière, d'après elle. "Mes enfants sont partis d'ici".

Organisée par la municipalité, la votation citoyenne intervient après le jet en janvier d'une bonbonne de protoxyde d'azote dans une fenêtre de l'école. Et depuis mai 2024, des petits sachets de drogue ont déjà été retrouvés trois fois dans la cour de récréation, selon préfecture de police de Paris.

L'annexe de l'école maternelle Emile Zola à Saint-Ouen, le 3 avril 2025 en Seine-Saint-Denis

L'annexe de l'école maternelle Emile Zola à Saint-Ouen, le 3 avril 2025 en Seine-Saint-Denis

Bertrand GUAY - AFP

"L'attention des services de police sur le secteur est réelle et soutenue", affirme la préfecture, relevant que depuis le 1er janvier, 29 personnes ont été interpellées dans cette zone pour trafic de stupéfiants et 2 kg de produits ont été saisis.

"La situation est connue depuis longtemps, pourquoi attendre que ça soit dangereux et alarmant pour prendre des mesures de sécurité ?", s'interroge Marwa, mère de famille de 42 ans venue récupérer pour le déjeuner son fils en classe de grande section.

Scolarisé dans l'école principale, son enfant n'est pas directement concerné par le déménagement mais l'ensemble des parents d'élèves sont appelés à voter, dans les deux sites, jusqu'à 18H. Les résultats seront communiqués dans la soirée par la municipalité.

- "dernier signe d'un service public" -

"Que font les dealers quand ils se font courser? Ils balancent leurs sachets un peu partout", déplore auprès de l'AFP le maire PS Karim Bouamrane.

L'édile rappelle que sa "responsabilité est de mettre les moyens pour apporter la sécurité et pour les enfants, et pour les parents".

L'annexe de l'école maternelle Emile Zola à Saint-Ouen, le 3 avril 2025 en Seine-Saint-Denis

L'annexe de l'école maternelle Emile Zola à Saint-Ouen, le 3 avril 2025 en Seine-Saint-Denis

Bertrand GUAY - AFP

Les quatre classes concernées pourraient être transférées à quelques centaines de mètres, dans les locaux du relais petite enfance et au sein d'un groupe scolaire.

Les parents d'élèves peuvent opter pour cette "solution transitoire" dès le retour des vacances de printemps et jusqu'à la fin de l'année scolaire, ou attendre une relocalisation pérenne prévue pour la rentrée de septembre.

Jeudi matin sur France 2, la ministre de l'Education nationale Elisabeth Borne a martelé que "l'école ne reculera jamais face à la violence". "On en a parlé avec Bruno Retailleau (ministre de l'Intérieur, ndlr). Évidemment, le gouvernement est déterminé à rétablir un environnement sûr pour cette école" même si "des classes peuvent déménager provisoirement".

"Notre objectif, c'est que l'école puisse se réinstaller", a souligné Mme Borne. Pour cela, il faudra "des travaux de sécurisation, mais surtout un travail pour rétablir un environnement sûr".

De son côté, le député Insoumis Eric Coquerel a estimé que "l'école, à cet endroit-là, était le dernier signe d'un service public, d'une vie citoyenne.(…) L'école fermant, ça veut vraiment dire que vous laissez place nette au trafic".

Face aux critiques, le maire de Saint-Ouen assure qu'en cas de déménagement, "une association culturelle d'adultes s'installera (dans ces locaux), donc il n'y aura pas de recul du service public". "Tous les mètres carrés seront occupés par la puissance publique", assure Karim Bouamrane.

Par Maryam EL HAMOUCHI / Saint-Ouen (AFP) / © 2025 AFP

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