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Au "bal des célibataires", voir du monde, faire des rencontres et tromper la solitude

Sur la piste de danse, certains attendent les slows pour tapoter sur une épaule et s'élancer à deux. D'autres se déhanchent titre après titre, rouge aux joues et bras vers le ciel. Ce samedi soir à Saint-Omer-de-Blain (Loire-Atlantique), le "bal des célibataires" fait carton plein.

Loic VENANCE - AFP

Sur la piste de danse, certains attendent les slows pour tapoter sur une épaule et s'élancer à deux. D'autres se déhanchent titre après titre, rouge aux joues et bras vers le ciel. Ce samedi soir à Saint-Omer-de-Blain (Loire-Atlantique), le "bal des célibataires" fait carton plein.

Sous les spots qui colorent la piste en rose et jaune, des célibataires en quête de nouvelles rencontres échangent regards en coin et premiers sourires sur des morceaux de Céline Dion, Téléphone et du film "Dirty Dancing". Au bar, au fumoir ou devant les platines, ils gravitent en jean ou tenue de soirée, jupe à sequins ou santiags patinées.

Thierry Praud, 55 ans, voudrait bien "rencontrer quelqu'un". Il s'est déjà inscrit sur des sites de rencontre mais "préfère le vrai": "C'est important les regards. Et le style, la présence, la voix."

Ces fêtes permettent aussi de "voir du monde, de ne pas se sentir isolé", explique-t-il, polo blanc et lunettes carrées.

Des bracelets pour définir le statut marital de chacun sont distribués à l'entrée du bal des célibataires, à Saint-Omer-de-Blain, en Loire-Atlantique, le 29 mars 2025

Des bracelets pour définir le statut marital de chacun sont distribués à l'entrée du bal des célibataires, à Saint-Omer-de-Blain, en Loire-Atlantique, le 29 mars 2025

Loic VENANCE - AFP

"On rencontre de nouvelles personnes, qui ne sont ni des voisins, ni des collègues", ajoute Johny Pasquiet, 58 ans, venu avec des amis. Lui aussi a essayé les sites de rencontre il y a quelques années mais en a gardé un souvenir de "catalogue pas très humanisé".

La plupart des danseurs ont plus de 50 ans. Ils viennent de Loire-Atlantique ou de plus loin, du Maine-et-Loire ou du Morbihan. Hommes et femmes racontent souvent la même histoire: de premières rencontres à la vingtaine, au travail ou en "discothèque", une ou plusieurs relations, une séparation. Et puis la solitude, qui parfois s'éternise.

"Je manque de lieux de sociabilité. A l'époque, j'allais en discothèque, des endroits type Macumba, on dansait, on rencontrait du monde", explique Martine, 67 ans (elle n'a pas souhaité donner son nom), robe noire et châle pailleté.

Plusieurs danseurs repensent avec nostalgie aux boîtes de nuit qu'ils ont vu disparaître à la campagne ou en périphérie des villes au fil des années. Le dernier Macumba de France a fermé en février près de Lille, symbole de la fin d'une époque, celle des vastes discothèques des années 1980 - la France comptait alors 4.000 boîtes de nuit selon la Sacem, contre environ 1.500 actuellement.

- Bracelets -

"En discutant entre amis, entre voisins, on s'aperçoit que les gens qui divorcent, à 50 ou 60 ans, ont du mal à retrouver quelqu'un. Où ? Quand ? Et il y en a plus qu'avant: la séparation ne suscite plus vraiment de jugement", estime Michel Blot, 65 ans, président du comité des fêtes de Saint-Omer-de-Blain, village de quelques centaines d'habitants.

Le bal des célibataires, à Saint-Omer-de-Blain, en Loire-Atlantique, le 29 mars 2025

Le bal des célibataires, à Saint-Omer-de-Blain, en Loire-Atlantique, le 29 mars 2025

Loic VENANCE - AFP

A 22h30, milieu de soirée, on compte au guichet près de 400 entrées. A leur arrivée, les célibataires en quête de partenaire se voient tendre un bracelet vert. Les indécis portent du orange, ceux qui sont venus uniquement pour faire la fête, du rouge.

Au bar, Annick Boutin, 83 printemps, commande un "verre de bulles". Flûte en plastique à la main, elle explique être venue avec sa fille "pour le monde et pour la danse".

"J'ai géré des cafés toute ma vie, à Nantes, à Saint-Nazaire. On voyait chaque jour de nouveaux visages: cela me manque", raconte-elle, en robe noire et blanche, châle en laine et chignon élégant.

Les plus jeunes font leur entrée à mesure que l'heure avance. Le dernier bar du coin où l'on pouvait "rester un peu tard" a avancé sa fermeture à 21h, raconte Anaïs, 20 ans, chemise bleue et cheveux coupés au carré, qui ajoute: "S'il y a une soirée, autant en profiter."

Le bal des célibataires, à Saint-Omer-de-Blain, en Loire-Atlantique, le 29 mars 2025

Le bal des célibataires, à Saint-Omer-de-Blain, en Loire-Atlantique, le 29 mars 2025

Loic VENANCE - AFP

Près d'elle, Fanny, 45 ans, a trouvé l'entrée "pas trop chère" et le prix des boissons "plus bas qu'au bar": un euro le verre de vin, 2,50 euros le demi de bière blonde, 1,50 euro le soda.

Bras croisés près de la piste de danse, Patrick, lui, reprend son souffle. L'an dernier, à la même soirée, il avait fait une "jolie rencontre". Un coup de téléphone deux jours plus tard, un premier dîner: l'histoire a duré quelques mois. "Qui sait ce qui arrivera ce soir?"

Par Laetitia DREVET / Blain (France) (AFP) / © 2025 AFP

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