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Bétharram: contre la prescription, les victimes appellent "à sortir du mutisme"

Les victimes de violences physiques et sexuelles à Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), "en colère" contre la "prescription" couvrant l'essentiel des faits qu'elles dénoncent, ont lancé un nouvel appel aux témoignages jeudi et exhorté la congrégation qui dirigeait cet établissement privé à sortir du "mutisme".

Gaizka IROZ - AFP

Les victimes de violences physiques et sexuelles à Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), "en colère" contre la "prescription" couvrant l'essentiel des faits qu'elles dénoncent, ont lancé un nouvel appel aux témoignages jeudi et exhorté la congrégation qui dirigeait cet établissement privé à sortir du "mutisme".

Lors d'une longue entrevue avec le procureur de Pau, qui a ouvert le 21 février une information judiciaire sur les faits dénoncés commis entre 1955 et 2004, les 49 victimes reçues ont exprimé leur "colère, notamment sur les questions de prescription" et leur "énorme angoisse de ne voir pour le moment qu'un seul (ancien) surveillant en détention", a déclaré le porte-parole de leur collectif, Alain Esquerre.

Cet homme, né en 1965, a été mis en examen pour viols et agression sexuelles. Les deux seules autres personnes encore vivantes accusées de crimes similaires dans ce dossier, un prêtre né en 1931 et un autre ancien surveillant, né en 1955, sont en revanche sorties libres de garde à vue, car les faits reprochés sont prescrits.

Ce dernier, surnommé "Cheval" en référence à sa chevalière qu'il utilisait pour frapper les élèves, est cité dans de nombreuses plaintes. Le parquet de Châteauroux, où il a été directeur adjoint d'un collège de 2005 à 2018, a invité d'éventuelles victimes à se faire connaître.

- 40 nouvelles plaintes -

Le collectif des victimes a présenté jeudi 40 nouvelles plaintes, pour viols, violences physiques ou sexuelles au procureur Rodolphe Jarry, ce qui porte le total à 152, selon M. Esquerre, qui a regretté qu'en "l'état actuel du dossier", il ne soit "pas possible" d'ouvrir une "information judiciaire contre la personne morale de Bétharram".

Le porte-parole du collectif des victimes de Bétharram, Alain Esquerre (au centre), serre la main du procureur de la République de Pau, Rodolphe Jarry (L), sur les marches du palais de justice le 27 février 2025

Le porte-parole du collectif des victimes de Bétharram, Alain Esquerre (au centre), serre la main du procureur de la République de Pau, Rodolphe Jarry (L), sur les marches du palais de justice le 27 février 2025

Gaizka IROZ - AFP

"Cependant, si des victimes plus récentes se manifestent, un nouvel examen sera possible", a-t-il ajouté, lançant un nouvel appel aux témoignages.

"Par ailleurs, nous exhortons la congrégation des pères (du Sacré-Cœur) de Jésus-de-Bétharram à sortir de leur mutisme et à plaider coupables, afin de reconnaître l'entièreté de leurs responsabilités pour les agissements criminels de leurs prêtres, ainsi que de leurs préposés laïcs, agissant sous leur entière autorité", a-t-il encore déclaré.

La congrégation, qui a géré l'établissement béarnais jusqu'en 2009, exerce aujourd'hui une cotutelle, avec celle des Filles de la Croix, sur l'ensemble scolaire, renommé Ensemble du Beau Rameau, soit la traduction française du béarnais "bèth arram".

- "Faire partout jurisprudence" -

M. Esquerre a également promis de ne pas "lâcher" "tous ces agresseurs", évoquant des poursuites au civil "intentées, soit individuellement, soit par le collectif", qui envisage également de "saisir la justice, y compris la justice administrative, pour les manquements de l'État."

"On ne peut plus dire à des victimes : +C'est prescrit+. Ce n'est plus suffisant parce qu'elles peuvent être amnésiques traumatiques et avoir une remontée de leur trauma à un moment où le dossier est prescrit", estime un autre membre du collectif, Pascal Gélie.

Il dénonce des "actes de barbarie", comme "des piqûres à eau", "des piqûres d'alcool, sous-cutanées", "un surveillant qui a arraché des cheveux à main nue" ou encore "le fait de nous laisser dehors toute la nuit sur le perron".

"C'est une institution de salopards. Point. Et le mot est faible", tonne Jean-Marie Delbos, 78 ans, victime d'un prêtre aujourd'hui nonagénaire, sorti libre de garde à vue au bénéfice de la prescription.

Le porte-parole du collectif des victimes de Bétharram, Alain Esquerre (c), arrive au palais de justice avec d'autres plaignants pour rencontrer le procureur de la République de Pau, Rodolphe Jarry, le 27 février 2025 à Pau

Le porte-parole du collectif des victimes de Bétharram, Alain Esquerre (c), arrive au palais de justice avec d'autres plaignants pour rencontrer le procureur de la République de Pau, Rodolphe Jarry, le 27 février 2025 à Pau

Gaizka IROZ - AFP

"On s'y attendait à la prescription, mais le côté optimiste, c'est qu'ils nous ont dit que c'était vraiment le début de l'affaire, que ça risquait d'être très long et qu'ils allaient chercher partout des faits éventuellement commis plus tard et qui ne rentreraient pas dans la prescription", a déclaré jeudi une autre victime qui a requis l'anonymat.

"Ce dossier de Bétharram, nous allons le porter haut et fort. Et je pense qu'il va faire partout en France jurisprudence", a conclu M. Esquerre, qui salue la constitution d'autres groupes de victimes venant d'établissements catholiques de la région "afin de libérer la parole des victimes de ces pensionnats trop longtemps étouffée".

Une proposition de loi visant à rendre imprescriptibles au civil les viols sur mineurs pourrait être débattue en avril au Sénat, après un premier rejet à l'Assemblée.

"J'espère qu'elle sera votée et donc je suis favorable, de manière générale, à la levée de la prescription pour les crimes commis sur les mineurs", a notamment appuyé le ministre de la Justice Gérald Darmanin interrogé jeudi sur RTL.

Par Carole SUHAS, Carole SUHAS / Pau (AFP) / © 2025 AFP

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