La communauté agricole autogérée Longo Maï et des chasseurs comparaissent jeudi devant le tribunal de Privas en Ardèche, qui a renvoyé les deux camps dos à dos dans une affaire de chiens tués, révélatrice d'autres clivages.
Dès l'ouverture de l'audience, dans un tribunal plein à craquer, le juge a prévenu qu'il prononcerait le huis clos "si la sérénité des débats n'était pas assurée". A l'extérieur, près de 300 personnes, dont une majorité de chasseurs en gilets orange fluo, s'étaient réunies avec leurs chiens.
"On n'est pas ici pour faire le procès d'une association, d'un mode de vie ou d'une filiation. On n'est pas là non plus pour faire le procès d'une activité", a encore averti le président, avant d'entamer l'examen de l'affaire.
Un membre de la communauté Longo Maï de Chanéac, poursuivi pour "atteinte volontaire à la vie d'un animal domestique", a immédiatement admis avoir tué avec une carabine, le 16 décembre 2023, sept chiens de chasse entrés sur les terres de ce groupe anticapitaliste, héritier du mouvement néorural des années 1970.
Mais selon sa défense, la faute revient d'abord aux propriétaires des chiens qui les ont laissés errer seuls sur un terrain privé, si bien qu'ils ont attaqué les cochons de la ferme communautaire.
L'un des deux chasseurs, jugés pour "mise en danger d'autrui", a nié "avoir laissé divaguer les chiens". Selon lui, un autre chasseur se trouvait 3-4 minutes derrière, "a été menacé et a fait demi-tour".
- "Fantasmes" -
"Deux procès en un, c'est une configuration rare", a souligné Vincent Brengarth, avocat de Longo Maï dans un échange avec l'AFP avant l'audience.
Au delà des faits, "il y a un ensemble d'enjeux qui se croisent dans ce dossier", souligne-t-il en évoquant les "fantasmes qui existent sur la communauté" et "la dimension pro-chasse de certains acteurs locaux".
Pour Thomas Bonzy, qui défend les deux chasseurs, le procès s'inscrit "dans un cadre particulier, avec une communauté qui vit en marge de la société, une personne qui est armée sans port d'arme, des cochons qui ne sont pas déclarés aux instances sanitaires..."
En décembre 2023, la publication des photos des chiens morts sur les réseaux sociaux et par certains médias avait donné un fort retentissement à cette affaire. L'auteur des tirs avait rapidement fait l'objet de poursuites.
La communauté, qui a essuyé "un torrent de menaces et d'actes d'intimidation" selon son avocat, avait contre-attaqué, en portant plainte contre les chasseurs. Après plusieurs mois, la justice a décidé de juger les deux camps le même jour.
Plusieurs associations de chasseurs ou de défense des animaux, dont la SPA, se sont constituées parties civiles.
"Les chasseurs (...) ne sont pas contre un mode de vie", assure Frédéric Vignal, avocat d'organisations de chasse. Cette affaire ne peut pas "se résumer au choc entre deux cultures", ajoute-t-il, en soutenant que les chasseurs n'avaient pas pu empêcher leurs chiens de courir à cause "du biotope très fermé", à savoir la forêt dense qu'exploite Longo Maï.
AFP / Privas (AFP) / © 2025 AFP