"Une arme et un bouclier": voici comment Aime Simone, artiste parisien catapulté par la chanson "Shining light", présente son troisième album sorti vendredi, "REV", entre fiction et état d'esprit combatif face à "l'adversité dans le monde actuel".
"Il y avait un besoin de transformation", annonce d'emblée Aime Simone dans un entretien à l'AFP.
Après "Say yes, say no" en 2020, puis "Oh Glory" en 2023, ce nouvel opus témoigne de son évolution, marquée par "un son plus tranchant, plus brut, plus contrasté". L'artiste repousse encore les frontières de son style post-pop, en fusionnant trap, punk et witch house (sous-genre de la house).
L'écart est grand avec "Shining light", davantage épuré et narrant ses failles.
Ce tube certifié diamant, utilisé en 2021 pour une pub d'une grande enseigne française de bricolage, a pourtant fait connaître au monde cet artiste de la scène alternative, d'une créativité sans limite et d'un style affirmé jusqu'à sa frange noire et son tatouage "reckless" ("téméraire") sur une pommette.

L'auteur-compositeur-interprète et producteur franco-norvégien Aime Simone pose lors d'une séance photo à Paris le 1er avril 2025
JOEL SAGET - AFP
Aux prises dans le passé avec ses anciens démons, cette âme écorchée s'éloigne désormais de l'introspection pure. A 30 ans, Aime Simone a eu envie d'approcher sa "nouvelle réalité différemment".
Il convoque pour cela la fiction, à travers des chansons conçues sous forme de nouvelles. Au fil des morceaux se tisse l'histoire d'un ange déchu et déçu du paradis, qui décide de partir en quête d'humanité. "Le monde imaginaire, ça nous a permis d'être plus vulnérables, d'aller chercher des choses qu'on n'aurait peut-être pas pu dire en tant que nous", confie-t-il.
Ce nous, c'est lui et Sonja Fix, sa compagne et directrice artistique. Le couple d'artistes se nourrit mutuellement et crée en indépendant, des compositions jusqu'au mixage.
- "Donner de la force" -
Plus qu'un rêve, "cet album, ça parle de révolution, de revanche, de révélation. Ce n'est pas que de la musique. C'est un univers total, immersif. Mais c'est aussi un état d'esprit qu'on peut adopter", explique-t-il.
"Celui dont on avait besoin", complète Sonja Fix.

L'artiste et chanteur Aime Simone à Paris, le 1er avril 2025
JOEL SAGET - AFP
"La question est comment on se positionne dans ce monde compliqué", enchaîne Aime Simone, par ailleurs père d'une petite fille. "Il y a la question de la responsabilité, du futur qu'on construit. Tout ça, ce sont des questions qui sont venues d'un coup, brutalement. Il a fallu prendre position."
"Cet album vient donner de la force", assure le chanteur qui considère que l'heure est au "combat".
"Je pense que notre humanité est en train de vivre une forme de crise existentielle. Il y a le climat politique mais aussi l'arrivée de l'intelligence artificielle et sa mauvaise utilisation", déroule-t-il.
"Cet album, c'est à la fois une arme et un bouclier": une arme pour que les gens puissent "mener leurs propres combats" et un bouclier que l'artiste brandit pour "protéger le plus de monde possible sous cet étendard, sous cette musique et communauté".
Avec des chansons percutantes comme "Taking my distance", "In my blood", "Fast City" ou l'hymne brut "Lalala", Aime Simone tient des morceaux tels des uppercuts, également bien adaptés pour le live. L'artiste compte d'ailleurs développer "l'aspect cinématographique" dans ses prochains concerts, dont un Olympia le 20 novembre.
A ses yeux, la musique peut être utile à d'autres. "Elle peut faire énormément de bien. Elle peut tirer d'affaire les gens qui sont dans des situations difficiles, comme moi je l'ai été il y a quelques années."
Car, ajoute-t-il, "ma ligne conductrice, c'est d'accepter des contextes sombres, d'en parler, pour faire ressortir l'espoir. Par-dessus, faire briller "la lumière par contraste et l'énergie brûlante qui bouillonne en nous."
Par Fanny LATTACH / Paris (AFP) / © 2025 AFP