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Procès Le Scouarnec: l'ex-épouse n'a rien vu et ne veut toujours rien voir

L'ex-épouse de Joël Le Scouarnec, ex-chirurgien jugé depuis trois jours à Vannes pour des violences sexuelles sur 299 patients, souvent mineurs, ne se doutait pas des penchants pédophiles de son mari, n'a rien vu et ne veut toujours rien voir.

Benoit PEYRUCQ - AFP

L'ex-épouse de Joël Le Scouarnec, ex-chirurgien jugé depuis trois jours à Vannes pour des violences sexuelles sur 299 patients, souvent mineurs, ne se doutait pas des penchants pédophiles de son mari, n'a rien vu et ne veut toujours rien voir.

Au cours d'une très longue audition parfois difficilement audible en raison de problèmes respiratoires, cette femme de 71 ans a été soumise mercredi à un feu roulant de questions par la cour criminelle du Morbihan.

Confrontée aux extraits de carnets de Joël Le Scouarnec laissant penser qu'elle était avertie dès 1996 de son attirance sexuelle pour les enfants, Marie-France maintient n'avoir jamais rien su avant 2017, quand son mari, dont elle était séparée à l'époque, a été interpellé pour le viol d'une fillette de six ans. Le divorce a été prononcé en 2023.

Pressée de questions, l'ex-épouse, vêtue de sombre et visiblement coiffée d'une perruque, persiste, s'agace et se plaint d'être malmenée: "je ne sais pas", "je ne me souviens pas"...

"C'est facile après de dire, vous auriez dû faire ça", s'emporte-t-elle.

"Il n'y a rien qui pouvait me laisser le penser. Rien, rien, rien (...) Je n'ai jamais eu de doutes", a lancé la septuagénaire, accusant même certaines de ses nièces de "mentir" sur des violences sexuelles commises par l'ex-chirurgien.

"Jusqu'à l'âge adulte, elle était toujours pendue au cou de mon mari", a-t-elle déclaré à propos de l'une d'elles, la qualifiant de "petite fille tortueuse".

- Démentis -

Elle a aussi assuré ne "jamais" avoir entendu que M. Le Scouarnec avait été condamné en 2005 pour détention d'images pédopornographiques à quatre mois de prison avec sursis, malgré plusieurs affirmations en ce sens auprès des enquêteurs en 2017, lors de l'arrestation de M. Le Scouarnec.

Comme les trois petits singes, elle ne voit rien, n'entend rien et ne dit rien non plus.

"Je n'ai jamais dit ça", a-t-elle assuré, disant même avoir été menacée à l'époque par un gendarme.

La cour insiste pour lui montrer des photos d'une jeune nièce nue endormie, prises par Joël Le Scouarnec, ou encore un photomontage à caractère sexuel avec le visage d'un de ses fils, effectué là encore par l'ex-chirurgien. Il faut "la mettre en face de certaines réalités", appuie l'avocat général, Stéphane Kellenberger.

Marie-France refuse de les regarder, comme elle refuse de prendre connaissance de certains écrits de sa main relatant les violences sexuelles qu'il inflige à des enfants. "J'ai envie de dormir la nuit", a-t-elle dit, affirmant avoir été elle-même violée deux fois par des oncles dans son enfance et une fois par un conjoint à l'âge adulte.

"C'est abject", s'exclame-t-elle un peu plus tard, en entendant son ex-mari écrire comme il s'est exhibé devant leur petite-fille âgée de deux ans.

Comment n'a-t-elle rien vu ? Marie-France cite d'abord son "hyperactivité", puis tente "je crois que je ne vois pas le mal".

"C'est tellement énorme, c'est impensable, inconcevable que mon mari puisse avoir fait tout ça", explique-t-elle.

Si elle avait su, elle jure qu'elle aurait traîné son mari "directement à la gendarmerie". Mais elle rejette la responsabilité sur les autres, comme la mère des nièces violentées par son époux: "si ma belle soeur avait parlé, on n'en serait pas là!"

Invitée à avoir un mot de compassion pour les victimes, elle répond en mentionnant les viols dont elle-même dit avoir été victime, enfant puis avec un compagnon en 2013. Elle parle aussi des viols commis sur l'un de ses fils par le père de Joël Le Scouarnec quand il avait entre 5 et 10 ans.

Dans le box, son ex-mari, crâne chauve entouré de cheveux blancs et lunettes cerclées, baisse souvent les yeux, le visage fermé, en écoutant les débats.

"Je crois qu'il faut qu'il reste en prison (...) après tout ce qu'il a fait", dit Marie-France, qui dit ne plus l'aimer mais a continué à lui rendre visite en prison.

A l'issue de son audition, son ex-mari s'adresse à elle et lui demande pardon, comme à chacun des membres de sa famille jusque-là.

- Maison insalubre -

En début d'audience, le frère de Joël Le Scouarnec, Patrick Le Scouarnec avait accusé Marie-France d'avoir été "au courant" des agissements pédocriminels de son mari "et elle n'a rien fait".

Elle "aurait pu faire en sorte que mon frère soit interpellé" avant 2017, date de son interpellation, avait affirmé le frère cadet de Joël Le Scouarnec, sans toutefois en avoir de "preuves".

L'ex-chirurgien a été condamné par les assises de Saintes en 2020 à 15 ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles sur quatre enfants, dont deux nièces. D'autres violences sexuelles, dont certaines sur une autre nièce, n'ont pas été jugées car prescrites.

A Jonzac (Charente-Maritime), avant son interpellation en 2017 pour le viol de sa voisine de six ans -qui a mené à la saisie de carnets et fichiers où le médecin notait scrupuleusement le nom de ses victimes et les violences sexuelles qu'il leur avait imposées entre 1989 et 2014 dans différents hôpitaux-, le médecin "dormait sur un canapé" dans une maison insalubre, assure son frère.

Par Anaïs LLOBET et Laurent BANGUET / Vannes (AFP) / © 2025 AFP

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